Comment réagréer un parquet ancien pour retrouver un sol parfaitement plat avant la pose d’un nouveau revêtement

Comment réagréer un parquet ancien pour retrouver un sol parfaitement plat avant la pose d’un nouveau revêtement

Un vieux parquet plein de charme… mais avec des creux, des bosses, des lames qui bougent et des grincements à chaque pas. Avant de poser un nouveau revêtement (stratifié, PVC, carrelage, moquette), il faut partir d’un sol parfaitement plat. C’est là qu’intervient le réagréage. Mais sur un parquet ancien, on ne peut pas faire “comme sur une dalle béton” : il y a des précautions indispensables pour éviter les fissures, le décollement… ou pire, un chantier à refaire dans 2 ans.

Dans cet article, je vous propose une méthode claire pour savoir quand et comment réagréer un parquet ancien, avec des exemples concrets, les erreurs que je vois tout le temps sur les chantiers, et les bonnes pratiques pour repartir sur une base saine.

Pourquoi réagréer un parquet ancien avant un nouveau revêtement ?

Un réagréage (ou ragréage) est une couche de mortier autonivelant appliquée sur un sol pour le rendre plus plat, plus lisse et plus régulier. Sur un parquet ancien, l’objectif est de :

  • Rattraper des différences de niveau entre lames ou entre pièces.

  • Limiter les “marches” sous un nouveau revêtement flottant ou collé.

  • Éviter que les irrégularités ne se voient à travers un sol souple (PVC, lino, moquette).

  • Préparer un support compatible avec un carrelage ou un sol vinyle en rouleau.

Un parquet ancien peut sembler “à peu près plat”, mais dès que l’on pose une grande règle de maçon de 2 m, les défauts apparaissent clairement : cuvettes, bombements, déformations dans le temps… Or, la plupart des fabricants de revêtements imposent une planéité de l’ordre de 2 à 4 mm sous une règle de 2 m. Au-delà, vous sortez des conditions de garantie.

Réagréer, c’est donc se donner de bonnes chances de :

  • Éviter les sols qui sonnent creux.

  • Limiter les zones de poinçonnement (table, pieds de lit…).

  • Augmenter la durée de vie du revêtement que vous allez poser par-dessus.

Diagnostic : votre parquet est-il réagréable tel quel ?

Avant de parler sacs de mortier, il faut d’abord se poser la question : “Mon parquet supportera-t-il un réagréage ?”. Sur le terrain, c’est l’étape qui fait la différence entre un chantier durable et un fiasco.

Voici la check-list à faire, pièce par pièce.

1. Vérifier la stabilité des lames

  • Marchez partout, surtout au centre de la pièce.

  • Repérez les zones qui bougent, qui s’enfoncent, qui grincent fortement.

  • Appuyez au pied, près des murs et au centre des lames.

Si plusieurs lames “pompes” franchement, il est risqué de couler directement un réagréage dessus : il finira par fissurer ou se décoller.

2. Rechercher les signes de faiblesse ou d’humidité

  • Tâches sombres, bois mou ou spongieux.

  • Lames qui se déforment, se soulèvent ou se décollent.

  • Odeur de moisi en soulevant une plinthe ou un seuil de porte.

Dans ce cas, on n’est plus dans de la simple remise à niveau : il faut traiter la cause (remontées d’humidité, fuites, manque de ventilation) avant tout réagréage.

3. Contrôler la planéité

  • Utilisez une règle de maçon de 2 m ou un niveau laser.

  • Repérez les écarts : 2–3 mm, 5 mm, 1 cm ou plus ?

  • Notez les zones les plus creusées ou bombées.

Plus les défauts sont importants, plus l’épaisseur de réagréage augmente… et plus le poids et le coût grimpent. À partir de 10–15 mm à reprendre, on commence à réfléchir à des alternatives (panneaux OSB, dépose du parquet, etc.).

4. Identifier le type de parquet

  • Parquet massif ancien cloué sur lambourdes : très fréquent dans les appartements anciens. Réagréable, mais seulement après une bonne préparation et, souvent, une couche intermédiaire (panneaux).

  • Parquet collé sur dalle : plus rare en ancien, mais plus simple à traiter s’il est sain.

  • Parquet flottant récent : en général, on ne réagrée pas dessus, on le dépose.

Réagréage direct, panneaux ou dépose : que choisir ?

Réagréer un parquet ancien n’est pas toujours la meilleure solution immédiate. Voilà les 3 grands scénarios que je rencontre le plus souvent.

1. Parquet sain, peu de défauts (2–5 mm) : réagréage fibré possible

Si :

  • Les lames sont bien fixées.

  • Le bois est sec et sain.

  • Les écarts de niveau restent modérés.

On peut envisager un réagréage fibré spécial supports bois, après une préparation sérieuse (ponçage léger, nettoyage, primaire d’accrochage).

2. Parquet un peu souple, gros défauts ou très abîmé : panneaux + réagréage

Dans beaucoup d’appartements haussmanniens par exemple, je recommande :

  • Fixation ou remplacement des lames trop faibles.

  • Pose de panneaux OSB ou CTBH de 18 mm vissés dans les lambourdes.

  • Puis réagréage mince pour la finition de planéité.

Les panneaux rigidifient l’ensemble et créent un support plus homogène pour le réagréage.

3. Parquet irrécupérable : dépose et nouveau support

Si :

  • Plusieurs zones sont pourries, attaquées par l’humidité ou les insectes.

  • Les lambourdes sont affaissées.

  • Le plancher présente un “ventre” important.

Dans ce cas, on dépose tout et on repart sur une base neuve : lambourdes + OSB, ou chape sèche, ou ravoirage + chape fluide, selon la configuration. C’est un budget plus lourd, mais on évite de “maquiller” un problème structurel.

Préparer un parquet ancien avant réagréage : les étapes incontournables

Le succès d’un réagréage sur parquet repose à 70 % sur la préparation. Voici les essentiels.

1. Dépose des plinthes et seuils si nécessaire

Cela permet :

  • De mieux voir l’état des lames en périphérie.

  • De laisser un jeu de dilatation si vous posez ensuite un revêtement flottant.

2. Fixer les lames qui bougent

  • Repérer les lames qui “claquent” ou qui s’enfoncent.

  • Les visser dans les lambourdes (vis à bois à tête fraisée).

  • Enfoncer les têtes de vis légèrement sous la surface.

C’est une étape souvent négligée… et pourtant cruciale.

3. Reboucher les trous et fentes trop larges

  • Utiliser un mastic bois ou une résine adaptée.

  • Éviter les joints trop ouverts qui pourraient laisser couler le réagréage.

4. Ponçage léger et nettoyage

  • Égrener le parquet si verni, ciré ou peint pour favoriser l’accroche.

  • Aspirer soigneusement (poussières, copeaux, résidus de colle).

5. Application d’un primaire d’accrochage spécial bois

  • Indispensable pour que le réagréage adhère correctement.

  • Choisir un primaire compatible avec le produit de réagréage.

  • Appliquer au rouleau, bien en croisant les passes.

Sans primaire adapté, le réagréage risque de “décrocher” sous l’effet des mouvements du bois.

Quel type de réagréage choisir sur un parquet ancien ?

On ne pose pas n’importe quel produit sur du bois. Privilégiez des réagréages fibrés ou “spécial plancher bois”, conçus pour supporter de légères déformations sans casser.

Les critères à vérifier sur la fiche technique :

  • Compatibilité avec supports bois (plancher, OSB, CTBH).

  • Épaisseur minimale et maximale par passe (par ex. 3 à 30 mm).

  • Temps de séchage avant pose du revêtement (souvent 12 à 48 h selon épaisseur).

  • Type de revêtement compatible par-dessus (carrelage, PVC, sols souples, parquet, etc.).

Pour de petites corrections, un réagréage de finition (2–10 mm) suffit. Pour des écarts plus importants, certains produits acceptent jusqu’à 30 mm, parfois plus en rebouchage local, mais il faut impérativement respecter les consignes du fabricant.

Étapes de mise en œuvre : comment réagréer sur parquet, pas à pas

Une fois le parquet préparé et le primaire sec, on peut passer au réagréage proprement dit.

1. Protéger les zones sensibles

  • Scotcher et calfeutrer le bas des murs, les seuils de portes, les gaines techniques.

  • Boucher les éventuels jours où le produit pourrait s’échapper (pied de cloison légère, entourage de tuyaux…).

2. Préparer le mortier de réagréage

  • Respecter scrupuleusement le dosage en eau (ni trop, ni pas assez).

  • Mélanger avec un malaxeur à vitesse lente dans un seau propre.

  • Laisser “reposer” quelques minutes si indiqué, puis remélanger.

Un mortier trop liquide sera plus facile à étaler… mais beaucoup plus fragile à long terme.

3. Couler et étaler

  • Commencer au fond de la pièce, reculer vers la sortie.

  • Verser le produit et l’étaler avec une lisseuse ou un platoir.

  • Travailler rapidement : les produits cherchent vite leur niveau.

4. Débullage

Sur des surfaces importantes, utilisez un rouleau débulleur (avec picots) pour chasser l’air et améliorer l’homogénéité de la couche.

5. Épaisseur et rattrapage des creux

En général :

  • On vise une épaisseur moyenne de 5 à 10 mm.

  • On peut remonter plus haut dans les zones très creuses, dans la limite autorisée par le fabricant.

Si les défauts sont très marqués, il peut être judicieux de faire un premier rebouchage local, laisser sécher, puis un second réagréage de finition sur toute la surface.

6. Séchage et protections

  • Respecter le temps minimal avant circulation légère (souvent 3–6 h).

  • Attendre le temps recommandé avant pose du revêtement (12, 24 ou 48 h selon épaisseur et type de sol).

  • Éviter les courants d’air violents et les chocs tant que ce n’est pas sec à cœur.

Planifier ses travaux : épaisseurs, délais et impacts

Réagréer un parquet ancien n’est pas une opération neutre : cela joue sur la hauteur finie, les seuils de porte, parfois les plinthes et les meubles intégrés.

Épaisseur à prévoir

  • Réagréage : souvent 5 à 10 mm en moyenne.

  • Sous-couche (si revêtement flottant) : 2 à 5 mm.

  • Nouveau revêtement : 4 mm (PVC de qualité) à 8–12 mm (stratifié) voire plus.

Résultat : on peut facilement remonter de 10 à 20 mm sur le niveau initial. À anticiper au niveau des portes (rabotage possible), des raccords avec le couloir, la salle de bains, etc.

Délais de chantier

Pour une pièce de 15–20 m², en bricolage “du week-end” :

  • Préparation du parquet : 1 journée (visser, reboucher, primaire).

  • Réagréage : 1/2 journée.

  • Séchage avant pose : 1 à 2 jours selon produit.

En pratique, prévoyez souvent 3 à 4 jours entre le début de la préparation et la pose finale du revêtement.

Erreurs fréquentes à éviter absolument

Sur les chantiers, je retrouve souvent les mêmes problèmes. Les éviter vous fera gagner du temps, de l’argent et des nerfs.

  • Réagréer sur un parquet qui bouge encore : le mortier fissure ou se décolle à moyen terme.

  • Oublier le primaire adapté : mauvaise accroche, cloques, pelages.

  • Mettre trop d’eau dans le mélange pour “rendre plus fluide” : fragilité, fissures, retrait.

  • Ne pas protéger les fuites potentielles : le produit s’écoule dans les interstices, sous les cloisons, voire chez le voisin du dessous…

  • Poser le nouveau revêtement trop tôt : humidité résiduelle qui se piège sous un PVC ou un stratifié, risques de déformations.

  • Ignorer la charge supplémentaire en cas de grosses épaisseurs : sur un vieux plancher très affaibli, il faut parfois l’avis d’un pro (charpentier, ingénieur) avant de charger en mortier.

Deux cas concrets pour mieux se projeter

Cas n°1 : Studio haussmannien, parquet massif sur lambourdes, revêtement PVC à poser

Dans ce type d’appartement :

  • Parquet sain mais très ondulé (jusqu’à 1 cm d’écart).

  • Objectif : sol PVC en lés, donc besoin d’une excellente planéité.

Solution retenue :

  • Visser toutes les lames “sonnantes”.

  • Poser un OSB 18 mm vissé sur lambourdes, joints décalés.

  • Appliquer un primaire sur OSB.

  • Réagréage fibré de 5 mm moyen pour parfaire la planéité.

  • Pose du PVC en lés après 48 h de séchage.

Résultat : un sol très stable, parfaitement lisse, adapté à un sol souple sans effet de “vague”.

Cas n°2 : Maison années 60, parquet collé fatigué, stratifié en projet

Ici :

  • Parquet collé sur dalle, quelques lames sonnent creux mais restent globalement stables.

  • Écarts de niveau limités (3–4 mm).

  • Objectif : stratifié avec sous-couche acoustique.

Solution retenue :

  • Dépose des quelques lames vraiment décollées, rebouchage des zones avec un mortier adapté.

  • Léger ponçage, aspiration complète.

  • Primaire d’accrochage.

  • Réagréage de finition 3–5 mm.

  • Sous-couche + stratifié flottant.

Dans ce cas, pas besoin de panneaux intermédiaires : le support est suffisamment rigide.

Quel budget prévoir pour réagréer un parquet ancien ?

Les coûts varient en fonction de la surface, de la solution choisie et du fait que vous fassiez vous-même ou non.

En bricolage (hors main-d’œuvre professionnelle), à titre indicatif :

  • Réagréage fibré spécial bois : 15 à 30 € le sac de 25 kg, soit environ 7 à 15 €/m² pour 5–10 mm d’épaisseur.

  • Primaire d’accrochage : 3 à 5 €/m².

  • Panneaux OSB 18 mm (si nécessaires) : 10 à 15 €/m².

  • Visserie, consommables : 1 à 3 €/m².

Au total, selon la configuration, on se situe souvent entre 15 et 35 €/m² de matériaux. En faisant intervenir un artisan, il faut ajouter la main-d’œuvre, ce qui peut amener le budget global entre 40 et 70 €/m², selon la complexité.

Pour une pièce de 20 m², un réagréage bien fait représente donc un investissement, mais il conditionne directement la qualité et la durée de vie du revêtement que vous allez poser ensuite. Mieux vaut y consacrer un peu de temps et de budget plutôt que de devoir tout recommencer dans quelques années.

En résumé, réagréer un parquet ancien, ce n’est pas seulement “verser un produit magique” dessus : c’est d’abord diagnostiquer l’état du bois, stabiliser la structure, choisir les bons matériaux puis respecter les temps de séchage. En prenant ces étapes au sérieux, vous transformez un vieux plancher irrégulier en une base parfaitement plane, prête à accueillir le revêtement de vos rêves, qu’il soit chic, cosy ou ultra pratique.