Pourquoi la “bonne” température n’est pas la même dans toutes les pièces
On parle souvent de “température idéale” dans une maison, comme s’il existait un chiffre magique valable partout. En réalité, le confort thermique dépend :
- de l’usage de la pièce (dormir, travailler, se laver, cuisiner…)
- de l’isolation de la maison (ancienne mal isolée, récente, rénovée…)
- de l’humidité et de la circulation de l’air
- de votre ressenti personnel (certains sont frileux, d’autres moins)
Deux pièces affichées à 19°C ne procureront pas du tout la même sensation de confort si :
- l’une est bien isolée, sans courant d’air, avec un sol chaud
- l’autre a des murs froids, des fenêtres qui fuient et un carrelage glacé
Avant même de parler de thermostat, il faut donc comprendre comment l’isolation influence la température ressentie.
Température affichée vs température ressentie : ce que l’isolation change vraiment
Deux paramètres jouent un rôle majeur dans votre confort :
- La température de l’air (celle que vous voyez sur le thermostat)
- La température des parois (murs, fenêtres, sol, plafond)
Dans une maison bien isolée, la température des murs et des vitrages est proche de celle de l’air. Vous avez donc une agréable sensation de “cocon” même à 19°C.
Dans une maison mal isolée, les parois sont plus froides que l’air. Résultat : vous avez froid aux pieds, vous sentez des parois qui “rayonnent du froid”, et vous avez envie de monter le chauffage à 21-22°C pour compenser. Votre facture, elle, s’en souvient.
Un bon indicateur : si vous sentez un mur froid au toucher ou des courants d’air près des fenêtres, vous pouvez noter que la température ressentie est 1 à 2°C plus basse que ce qu’indique le thermostat.
Gardez cette idée en tête : dans une maison bien isolée, vous pouvez chauffer moins pour le même confort. Dans une maison peu isolée, il faut souvent ajuster légèrement à la hausse dans certaines pièces… tout en prévoyant des travaux ciblés dès que possible.
Les repères de température pièce par pièce
Voici les recommandations généralement admises pour une maison correctement isolée, à adapter ensuite selon votre cas et votre ressenti.
- Pièces de vie (salon, salle à manger, cuisine ouverte) : 19°C
- Chambres d’adultes : 16 à 18°C
- Chambres d’enfants / bébés : 18 à 20°C (en restant raisonnable)
- Bureau : 19 à 20°C (pour éviter la sensation de froid en restant assis)
- Salle de bain : 21 à 22°C en période d’utilisation, 17 à 18°C le reste du temps
- Couloirs, entrée, pièces de passage : 16 à 17°C
Maintenant, voyons comment ajuster ces repères en fonction de votre type de maison.
Maison récente bien isolée : optimiser confort et économies
Si vous habitez une maison RT 2012 ou une construction récente bien isolée, avec double (ou triple) vitrage et peu de courants d’air, vous pouvez vous fier assez sereinement aux repères ci-dessus.
Quelques conseils pour ce type de logement :
- Ne surchauffez pas : 1°C de plus, c’est environ 7 % de consommation en plus. À 21°C partout, la facture grimpe vite.
- Jouez sur la programmation plutôt que sur le “on/off” :
- 19°C dans le salon aux heures de présence
- 17°C la nuit ou en journée quand personne n’est là
- 18°C dans les chambres la nuit, 16°C en journée si elles sont inoccupées
- Stabilisez les températures : dans une maison bien isolée, il est plus efficace de garder une température assez constante que de faire de grands écarts.
- Traquez les surchauffes solaires : grandes baies vitrées au sud + soleil = pièce à 23°C en hiver. Pensez aux stores, voilages et à baisser légèrement les radiateurs aux heures les plus ensoleillées.
Dans ce cas, l’objectif est clairement de ne pas dépasser ce dont vous avez réellement besoin. Le confort est déjà là, il s’agit surtout de ne pas le payer trop cher.
Maison ancienne mal isolée : adapter sans exploser la facture
Dans une maison des années 60-80 mal isolée, ou dans un logement ancien avec simple vitrage, la question est plus délicate. Vous pouvez respecter comme base les mêmes repères, mais il faudra souvent :
- Monter légèrement la température dans certaines pièces :
- Salon : viser 19 à 20°C si vous sentez les murs froids
- Bureau : 20°C si vous êtes sédentaire, avec un petit plaid ou un repose-pied isolant
- Traiter les “zones froides” en priorité :
- boudins de porte pour limiter les courants d’air
- rideaux épais devant les fenêtres et portes donnant sur l’extérieur
- tapis sur les sols carrelés ou sur dalle froide
- Accepter des écarts entre pièces :
- ne cherchez pas à avoir 20°C partout
- réservez la chaleur aux pièces vraiment utilisées longtemps (salon, bureau, salle de bain en usage)
Un exemple concret : dans une maison en pierre que j’ai accompagnée, les propriétaires avaient 18°C au thermostat… mais gelaient dans le salon à cause de deux grands murs extérieurs et d’un carrelage posé sur dalle non isolée. Au lieu de monter toute la maison à 21°C, on a :
- ajouté un gros tapis au sol
- installé des rideaux thermiques épais devant la baie vitrée
- réglé le radiateur du salon 1°C plus haut que les autres pièces
Résultat : confort nettement amélioré, sans faire exploser la consommation.
Chambres : trouver le bon compromis entre santé, confort et isolation
On lit souvent qu’il faudrait 16°C dans toutes les chambres. Dans la réalité, tout le monde n’est pas à l’aise à cette température, surtout dans un logement mal isolé.
Quelques repères utiles :
- Chambres d’adultes :
- 16 à 18°C recommandé
- dans une maison très mal isolée, visez plutôt 18°C et soignez la literie (draps en coton, couette adaptée à la saison, surmatelas si besoin)
- Chambres d’enfants :
- 18 à 20°C selon l’âge et la sensibilité de l’enfant
- attention à ne pas dépasser 20°C : l’air trop chaud et sec n’est pas idéal pour le sommeil
- Bébés :
- autour de 19°C est un bon repère
- mieux vaut un body + pyjama + gigoteuse dans une pièce à 19°C qu’un bébé en body léger dans une chambre à 22°C
Dans les chambres froides (mur nord, combles peu isolés, par exemple), quelques astuces font la différence :
- poser un tapis au pied du lit pour éviter le choc thermique au lever
- placer le lit contre une cloison intérieure plutôt que contre un mur extérieur glacé
- installer des doubles rideaux pour limiter la sensation de paroi froide côté fenêtre
Et, quel que soit le niveau d’isolation, pensez à aérer 5 à 10 minutes chaque matin, même en hiver. L’air neuf se réchauffe vite et un air renouvelé améliore la qualité du sommeil et la sensation de confort.
Salle de bain : chaude quand il faut, raisonnable le reste du temps
C’est la pièce où l’on veut “avoir bien chaud”, mais c’est aussi celle où l’on reste généralement le moins longtemps. Surchauffer en permanence n’a donc pas beaucoup de sens.
Objectif : 21 à 22°C pendant l’utilisation, 17 à 18°C le reste du temps.
Comment faire en pratique ?
- Avec un sèche-serviettes programmable :
- programmez une montée en température 30 à 60 minutes avant la douche du matin
- laissez redescendre à 17-18°C le reste de la journée
- Avec un radiateur classique :
- gardez une température de base autour de 18°C
- montez manuellement 15-20 minutes avant la douche, surtout dans les maisons mal isolées
Dans les salles de bain froides (murs extérieurs, fenêtre simple vitrage, carrelage au sol), trois actions sont très efficaces :
- un tapis de bain épais ou un petit tapis lavable pour isoler les pieds
- un jointage sérieux des fenêtres et de la porte pour limiter les courants d’air
- un rideau de douche thermique ou une paroi pour limiter la sensation de froid en sortant de la douche
Bureau à domicile : gérer le froid quand on reste assis longtemps
Travailler chez soi toute la journée change la donne. Rester immobile vous fait ressentir davantage le froid, surtout au niveau des pieds et des mains.
Pour le bureau, visez :
- 19 à 20°C dans une maison bien isolée
- 20 à 21°C si la pièce est mal isolée ou très exposée au nord, en ajoutant des solutions locales
Quelques astuces issues de cas concrets :
- un tapis sous le bureau si le sol est carrelé ou posé sur dalle froide
- un petit radiateur d’appoint basse consommation (type panneau rayonnant) si la pièce chauffe mal, mais seulement en complément et sur des créneaux horaires limités
- une organisation du bureau pour éviter de rester collé à un mur extérieur froid (déplacer le bureau si possible)
L’idée : ne pas monter tout le chauffage de la maison “juste pour le bureau”, mais cibler intelligemment cette zone de travail.
Comment adapter la température si l’isolation est vraiment faible
Quand l’isolation est très insuffisante (combles non isolés, murs humides, fenêtres d’origine), il faut souvent composer avec une sensation de froid persistante. En attendant des travaux plus lourds, voici une manière concrète d’ajuster :
- Étape 1 : Faites un “diagnostic confort” pièce par pièce
- Où avez-vous vraiment froid ? (salon, chambre, couloir…)
- Où sentez-vous des courants d’air ?
- Quels murs ou sols sont glacés au toucher ?
- Étape 2 : Fixez un niveau de base raisonnable
- Par exemple : 19°C pour les pièces de vie, 17°C pour les chambres, 16°C pour les pièces de passage.
- Étape 3 : Corrigez pièce par pièce
- Si une pièce reste inconfortable à ce niveau, montez d’1°C uniquement dans cette pièce.
- Combinez avec des solutions simples : tapis, rideaux thermiques, joints, bas de porte.
- Étape 4 : Planifiez des améliorations ciblées
- Isolation des combles (retour sur investissement très rapide)
- Pose de joints et de mousse expansive dans les fuites d’air visibles
- Remplacement progressif des fenêtres les plus exposées
Chaque degré gagné grâce à l’isolation, c’est un degré de moins à demander à vos radiateurs pour le même confort. Et ça, sur une facture annuelle, ça pèse lourd.
Programmer et réguler : les bons réflexes au quotidien
Une fois que vous avez défini vos températures cibles par pièce, il reste un point clé : la régulation. Sans elle, on se retrouve vite à ouvrir les fenêtres en hiver parce qu’on a trop chaud.
Quelques réflexes utiles :
- Installez des robinets thermostatiques sur les radiateurs à eau chaude :
- réglez pièce par pièce : position 2-3 pour les chambres, 3 pour le salon, 4 pour la salle de bain en usage
- Utilisez un thermostat programmable :
- plages “confort” aux heures de présence
- plages “éco” (–2 à –3°C) la nuit et en absence
- Ne coupez pas totalement le chauffage en hiver :
- en dessous de 14-15°C, les murs refroidissent fortement, et la remise en température coûte cher
- vous risquez aussi la condensation et les moisissures dans les pièces humides
- Aérez vite mais bien :
- ouvrez grand 5 à 10 minutes, plutôt que laisser une fenêtre en oscillo-battant pendant 1 heure
C’est ce réglage fin, adapté à votre usage réel, qui fait souvent la différence entre une maison “correcte” et une maison vraiment confortable au quotidien.
En résumé : votre “bonne température” est celle adaptée à votre maison
Les chiffres donnés (19°C pour les pièces de vie, 16-18°C pour les chambres, 21-22°C pour la salle de bain en usage) sont d’excellents repères… mais ils ne remplacent pas l’observation de votre propre logement.
Pour trouver votre équilibre, vous pouvez :
- partir des recommandations “théoriques”
- ajuster de 1°C à la hausse ou à la baisse selon l’isolation, l’exposition et votre ressenti
- traiter progressivement les sources d’inconfort (courants d’air, parois froides, sols glacés)
- programmer votre chauffage en fonction des usages réels de chaque pièce
L’objectif n’est pas de viser la perfection au dixième de degré près, mais de trouver un réglage où :
- vous vous sentez bien dans vos pièces de vie
- vous dormez correctement sans surchauffer
- vous ne faites pas tourner la chaudière ou les radiateurs pour chauffer des pièces vides
Et si, en observant ces réglages, vous vous rendez compte que certaines pièces restent inconfortables malgré tout, c’est souvent le bon moment pour envisager quelques travaux d’isolation ciblés. Ils vous permettront, à terme, de baisser le thermostat… tout en gagnant en confort.
