Isolation des murs par l’intérieur ou par l’extérieur : comment faire le bon choix pour votre maison ?
Vous savez que vos murs laissent filer la chaleur, vos factures de chauffage grimpent et le confort n’est pas au rendez-vous… mais au moment de passer à l’action, une grande question arrive : isolation des murs par l’intérieur (ITI) ou par l’extérieur (ITE) ?
Les deux solutions ont leurs avantages, leurs limites, et surtout des impacts très concrets sur votre budget, vos travaux et votre quotidien pendant le chantier. L’idée ici n’est pas de vous noyer dans le jargon technique, mais de vous aider à choisir en fonction de votre maison, de votre projet et de votre enveloppe financière.
On va donc passer en revue les deux options, voir dans quels cas chacune est pertinente, les coûts à prévoir, les erreurs à éviter, et je vous donnerai quelques exemples de projets que j’ai accompagnés.
Isolation par l’intérieur : la solution la plus accessible pour les budgets serrés
L’isolation des murs par l’intérieur reste aujourd’hui la solution la plus courante, surtout en rénovation. Elle consiste à ajouter un isolant à l’intérieur de la maison, contre les murs existants, avec une finition (plaques de plâtre, parements, etc.).
C’est souvent le premier réflexe, pour trois raisons :
- Coût global plus abordable que l’isolation par l’extérieur
- Travaux faisables pièce par pièce, selon votre budget et votre temps
- Éligible aux aides (MaPrimeRénov’, CEE, TVA réduite, etc.) si réalisée par un pro RGE
Mais elle n’est pas parfaite pour autant. Voyons ça plus en détail.
Isolation par l’intérieur : avantages, limites et prix
Les avantages principaux :
- Prix au m² plus faible : selon les matériaux et les finitions, comptez en général entre 40 et 90 € / m² posé.
- Adaptée aux petits budgets ou aux rénovations progressives : vous pouvez isoler une chambre, puis le salon, puis les autres pièces.
- Idéale si vous refaites déjà l’intérieur : nouvelle déco, changement de cloisons, rénovation électrique… c’est le bon moment de glisser de l’isolant.
- Travaux faisables sans échafaudage extérieur : pratique en zone dense, en mitoyenneté ou en immeuble.
Les inconvénients à ne pas sous-estimer :
- Perte de surface habitable : une isolation performante prend entre 8 et 15 cm par mur. Sur un petit appartement, ça se sent.
- Ponts thermiques plus difficiles à traiter : aux jonctions planchers, refends, appuis de fenêtres… On améliore beaucoup, mais on n’a pas une “coquille” continue comme en ITE.
- Chantier invasif : meubles à déplacer, poussière, obligation parfois de quitter une pièce pendant quelques jours.
- Gestion de l’humidité plus délicate : surtout sur les murs anciens en pierre ou en brique, où il faut absolument choisir des matériaux adaptés et une bonne membrane pare-vapeur.
Ordre d’idée des prix (fourniture + pose) :
- Isolation sur ossature métallique + laine minérale + plaques de plâtre : 40 à 70 € / m²
- Panneaux isolants haute performance (PU/PIR) + doublage : 60 à 90 € / m²
- Isolants biosourcés (laine de bois, chanvre, etc.) + finition placo : 60 à 100 € / m²
Ces prix varient suivant la région, la complexité du chantier (murs pas droits, hauteur sous plafond importante, nombreuses découpes) et la finition (enduits, bandes, peintures…).
Quand privilégier l’isolation par l’intérieur ?
Dans les projets que j’accompagne, je recommande l’ITI en priorité dans ces situations :
- Budget limité, mais besoin urgent de gagner en confort thermique.
- Impossibilité de toucher à la façade : contraintes d’urbanisme, façade pierre apparente, immeuble en copropriété où les voisins ne veulent pas d’ITE.
- Petits travaux ciblés : par exemple isoler seulement les chambres pour un meilleur confort nocturne.
- Rénovation intérieure déjà prévue : changement de sols, de cloisons, création de rangements intégrés, remise aux normes électriques.
Exemple concret : une maison de lotissement des années 80, 90 m², avec un budget de 12 000 € pour commencer la rénovation. Les propriétaires voulaient prioriser leur confort dans les chambres et le séjour. On a décidé :
- d’isoler les murs donnant sur l’extérieur dans la zone nuit et le salon en ITI,
- de profiter pour intégrer des gaines électriques et repositionner les prises,
- de garder la façade telle quelle, car une ITE complète aurait explosé le budget initial.
Ils ont perdu quelques centimètres au mur, mais gagné entre 3 et 4 °C de température intérieure ressentie dans les pièces isolées, et environ 25 % d’économie de chauffage.
Isolation par l’extérieur : la “grosse” solution pour une maison mieux protégée
L’isolation des murs par l’extérieur (ITE) consiste à envelopper la maison avec une couche continue d’isolant, recouverte d’un enduit ou d’un bardage. On peut la voir comme une grosse doudoune autour de votre maison.
C’est une solution très performante, surtout pour les maisons individuelles, mais elle implique un chantier plus lourd et un budget plus conséquent.
Isolation par l’extérieur : avantages, limites et prix
Les points forts majeurs :
- Performance globale supérieure : l’ITE traite quasi tous les ponts thermiques de l’enveloppe (planchers, jonctions, refends en façade).
- Pas de perte de surface intérieure : au contraire, vous conservez chaque centimètre à l’intérieur.
- Confort d’été amélioré : les murs restent protégés des surchauffes, ce qui aide beaucoup en période de canicule.
- Chantier principalement à l’extérieur : peu de perturbations à l’intérieur, on peut souvent continuer à vivre dans la maison.
- Rénovation de façade incluse : on en profite pour moderniser l’aspect extérieur, changer de couleur, ajouter un bardage, etc.
Les inconvénients à bien anticiper :
- Coût beaucoup plus élevé : l’ITE est en général deux à trois fois plus chère que l’ITI à surface égale.
- Impact sur l’aspect extérieur : il faut respecter le PLU, les contraintes ABF (bâtiments de France) si vous êtes en zone protégée, etc.
- Complexité technique aux jonctions (toiture, appuis de fenêtre, soubassement) qui nécessite un vrai savoir-faire.
- Échafaudage obligatoire sur plusieurs façades, ce qui peut compliquer les choses en cas de mitoyenneté ou d’accès difficile.
Ordre d’idée des prix (fourniture + pose) :
- ITE avec isolant polystyrène expansé + enduit mince : 120 à 180 € / m²
- ITE avec isolant laine de roche + enduit ou bardage : 150 à 220 € / m²
- ITE avec isolant biosourcé (laine de bois) + bardage : 180 à 260 € / m²
Ces valeurs peuvent varier en fonction de la hauteur de la maison, de la configuration, de la région et du niveau de finition extérieure.
Quand privilégier l’isolation par l’extérieur ?
Dans beaucoup de projets de rénovation globale, l’ITE est clairement à privilégier si le budget le permet. Elle est particulièrement pertinente quand :
- Votre façade a besoin d’être refaite (enduit fissuré, peintures écaillées, infiltrations, esthétique datée).
- Vous voulez un très bon niveau de performance (objectif BBC rénovation, forte baisse des factures).
- Vous ne souhaitez pas perdre de surface intérieure et voulez préserver les volumes existants.
- Vous visez un confort d’été amélioré dans une région chaude ou très ensoleillée.
- Vous êtes prêt à engager un chantier global : éventuellement combiné avec un changement de menuiseries, une amélioration de la toiture, etc.
Exemple réel : une grande maison en parpaings des années 70, 140 m², façade très abîmée, simple vitrage remplacé récemment par du double vitrage mais toujours des murs froids. Les propriétaires hésitaient entre refaire simplement l’enduit ou passer à une ITE. Après simulation énergétique et devis, ils ont choisi :
- ITE en polystyrène de 140 mm + enduit finition grattée,
- traitement des appuis de fenêtre et des débords de toiture,
- révision des volets pour s’adapter à l’épaisseur supplémentaire.
Budget : environ 38 000 € pour l’ensemble de l’enveloppe, aides déduites. Résultat : une baisse de près de 50 % de la consommation de chauffage, et une maison beaucoup plus stable thermiquement, été comme hiver.
Budget, aides et retour sur investissement : ITI vs ITE
Pour choisir sereinement, il faut aussi parler chiffres. On me demande souvent : “Laquelle est la plus rentable ?” La réponse dépend de votre point de départ et de vos objectifs.
Sur le plan strictement financier :
- L’isolation par l’intérieur est souvent plus rapidement “rentabilisée” car l’investissement initial est plus faible.
- L’isolation par l’extérieur apporte une économie d’énergie plus importante, mais le ticket d’entrée est plus élevé.
Sur le plan global (confort + valorisation du bien) :
- L’ITE améliore l’esthétique, les performances et la valeur de revente de la maison.
- L’ITI est un bon compromis dans un premier temps, surtout si vous êtes limités côté budget ou que vous ne comptez pas rester très longtemps dans le logement.
Concernant les aides financières :
- Les deux types d’isolation (intérieure et extérieure) peuvent être éligibles à MaPrimeRénov’ et aux CEE, si :
- les travaux sont réalisés par une entreprise RGE ;
- la résistance thermique de l’isolant est suffisante (R minimum imposé) ;
- vous déposez les dossiers dans les règles, avant de signer les devis définitifs.
L’ITE bénéficie parfois de montants d’aides plus élevés par m², mais le reste à charge reste malgré tout plus important que pour une ITI.
Critères pratiques pour choisir : que regarder en priorité ?
Pour résumer de manière très concrète, voici les questions que je vous conseille de vous poser avant de trancher :
- Votre budget global :
- Moins de 10 000–15 000 € : orientez-vous plutôt vers une ITI bien pensée, pièce par pièce.
- Budget plus conséquent + projet global : l’ITE mérite clairement d’être étudiée.
- État et esthétique de votre façade :
- Façade en bon état, belle pierre, brique ou cachet particulier : ITI plus adaptée.
- Façade abîmée, vieillotte, à refaire : l’ITE permet de tout traiter d’un coup.
- Surface disponible à l’intérieur :
- Petit logement où chaque m² compte : l’ITE évite de rogner sur les pièces.
- Maison avec volumes confortables : l’ITI reste tout à fait viable.
- Contraintes d’urbanisme :
- Centre historique, zone ABF, limites de propriété serrées : parfois l’ITE est compliquée, voire interdite.
- Maison individuelle en lotissement ou terrain dégagé : l’ITE est souvent plus simple à mettre en œuvre.
- Votre tolérance aux travaux intérieurs :
- Vous ne voulez pas voir une seule bâche ni déplacer de meubles : ITE plus confortable au quotidien durant le chantier.
- Vous prévoyez déjà de refaire peintures, sols, électricité : profitez-en pour une ITI de qualité.
Et si on combinait les deux solutions ?
On oppose souvent ITI et ITE, alors qu’en pratique, il est parfois intéressant de les combiner, surtout dans des rénovations réalisées en plusieurs phases.
Quelques configurations fréquentes :
- ITE sur les façades les plus exposées (nord, ouest) et ITI dans des pièces spécifiques (combles aménagés, murs mitoyens bruyants).
- ITI dans un premier temps sur certaines pièces stratégiques (zone nuit), puis, quelques années plus tard, ITE globale quand le budget le permet.
- ITE impossible en façade principale (rue, contraintes esthétiques), mais réalisable sur façade jardin + pignons, complétée par de l’ITI sur la façade protégée.
Attention toutefois : mélanger ITI et ITE demande une réflexion globale pour éviter les déséquilibres (murs très isolés d’un côté, pas du tout de l’autre) et les problèmes de condensation. Un diagnostic énergétique ou l’avis d’un thermicien peut être très utile dans ces cas-là.
Les erreurs fréquentes à éviter absolument
Que vous partiez sur une isolation par l’intérieur ou par l’extérieur, quelques pièges reviennent souvent dans les chantiers que je visite :
- Choisir uniquement sur le critère du prix au m², sans regarder la performance finale, les ponts thermiques et la durabilité.
- Négliger la ventilation : une maison mieux isolée a besoin d’une VMC efficace, sinon bonjour l’humidité et les moisissures.
- Utiliser des matériaux inadaptés aux murs anciens (pierre, pisé, torchis) : risque de blocage de l’humidité et de dégradation du bâti.
- Zapper les détails : jonctions, encadrements des fenêtres, fixations mal traitées peuvent ruiner une partie des gains.
- Ne pas anticiper la future déco / aménagement : oublis des passages de gaines, des renforts pour fixer des meubles, etc.
Un bon réflexe : demander à l’artisan de vous expliquer comment il gère les ponts thermiques et l’étanchéité à l’air. S’il reste flou, c’est mauvais signe.
En résumé : comment trancher selon votre projet ?
Si je devais résumer en une phrase : choisissez l’isolation par l’intérieur pour son accessibilité et sa souplesse, l’isolation par l’extérieur pour sa performance globale et la rénovation complète de l’enveloppe.
Posez-vous ces trois questions simples :
- Mon budget me permet-il d’envisager une ITE sérieuse, ou dois-je prioriser une ITI bien faite ?
- La façade a-t-elle besoin d’un lifting, ou est-elle au contraire un atout esthétique à préserver ?
- Suis-je prêt à supporter des travaux intérieurs, ou préfère-je un chantier principalement à l’extérieur ?
À partir de là, vous aurez déjà une bonne direction. Le reste se joue sur les détails : choix des matériaux, gestion de l’humidité, ventilation, coordination avec vos autres travaux (menuiseries, toiture, chauffage).
Si vous hésitez encore entre isolation par l’intérieur ou par l’extérieur, n’hésitez pas à faire réaliser deux devis comparatifs par des entreprises RGE, ou à demander un diagnostic énergétique. Ce petit investissement de départ vous évitera souvent de faire des travaux “à moitié” efficaces… et donc d’y revenir plus tard.
